Mona-Lisa

Mis à jour : 26 nov. 2020


Je suis sœur Mona-Lisa

ça ne s'invente pas.

Dans la ferme du jardinier

Je suis une pomme de terre plantée.

Dans ma vie à moi je suis cachée,

Loin des regards pour prier.

Quelques fois je colle mes oreilles,

Au confessionnal, il s'en raconte des belles.

Des histoires d'amour adultères,

Leurs consciences sont en guerre.

J'aime ces histoires peu bibliques.

J'imagine leurs doses érotiques.

Ça me donne l'eau à la bouche,

Le sourire à mes lèvres qu'on ne touche.


Le mardi, le jeudi, c'est récolte au couvent.

Le jardinier vient nous aider un temps.

Il est beau comme une statue d'église

Et dans des fantasmes, je m'enlise.

Il a des mains toutes craquelées,

Sur lesquelles, la terre a dessiné

Des traits d'usures en s'engouffrant,

Sous sa peau, créez par le temps.

Car qu'il vente, qu'il pleuve, fasse beau temps,

Le jardinier est toujours dans son champ.

Quand il passe à mes côtés,

J'imagine que je pourrais l'effleurer

Le dépoussièrer comme mes statues d'églises.

On ne se ferait pas la bise.

D'ailleurs, celle-ci, on n’a pas le droit.

Je risquerais de perdre la foi.

Je nous imagine sur un lit de salade,

Nous ferions de nos corps, une balade.

Je ne prendrais pas une salade frisée,

Celle-ci, dure au toucher, doit gratter.

Et la frisée, c'est en hivers qu'elle est récoltée,

Ce n’est pas une saison à roucouler.

Je choisirais une laitue, qu'on récolte en été.

L'été c'est un temps à roucouler.

C'est mon imaginaire qui s'envole,

Pour ce jardinier dont je suis folle.

Mais comme à mon habitude,

Avec beaucoup de lassitude,

Je regarderais le jardinier partir.

Pour ensuite, mes tâches finir.

Ranger mes légumes sur des étagères,

Ce sont mes enfants, je suis leur mère.

Ils sont silencieux, comme le jardinier et moi.

Oui ! J'irais tous les coucher un à un,

Dans cette cave sans foin,

Qui ressemble à un pensionnat

D'enfants que je n'ai pas.

Chacun a sa place sur ces étagères,

Chacun une vie bien éphémère.

Ces enfants de notre mère la terre.


J'ai aimé quand j'avais seize ans,

Je me suis donnée tendrement.

J'ai pensé oublier avec le temps,

J'ai pensé que nous allions nous marier.

Papa autrement, en avais décidé.

Il a signé l'arrêt de mort,

D'un enfant prêt à éclore.

II faut une religieuse dans une famille aisée

En Angleterre papa m'a emmenée.

Puis sans mon accord, on m'a avortée.

Et au couvent on m'a déposée.

Depuis, quand j'ai la permission de sortie,

On se demande pourquoi je suis aigrie.

Pourquoi jamais je ne souris,

Pourquoi j'affiche le sourire de Mona-Lisa.

On a simplement brisé ce rêve-là.

Je n'ai pas choisi d'être ici,

On ne m’a pas laissée choisir ma vie,

Je n'en sortirais jamais guérie.

Pas le courage à la révolte,

J'ai donné ma colère à la récolte,

De mes légumes au couvent.

Je n'aurais jamais d'enfant.

Maintenant j'attends que finisse mon temps.

Sur cette terre qui m'a accueillie,

et à laquelle, jamais je ne sourie.


0 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout