Apprendre à marcher sans toi. (instant volé à la résidence)

Mis à jour : mai 31

Voilà maintenant un mois qu'il est parti. Le soir de son départ, la lune était pleine. On avait une histoire lui et moi, une petite phrase tirée d'un film, don le titre est : Qui plume la lune ?

Dans ce film, il est dit qu'il y a un homme, là-haut, qui plume la lune, qui envoie des plumes toutes douces à ceux qui ont du chagrin. Alors, s’il y a un con pour plumer la lune, paraît que ça vaut le coup d'essayer. Lorsque nous sommes montés en Normandie pour son dernier au revoir, il neigeait. Nous étions en avril. Le matin de son enterrement, je me suis levée, le sol était blanc, le ciel était bleu. Je me suis dit : "Tiens le croque-mort plume la lune pour ses filles"

Il y a quelque temps, j'ai dû renfiler ma blouse d'aide-soignante. Sept ans que je l'avais quitté. Je n'avais pas très envie de retourner dans ce milieu, mais, covid oblige, plus de cachet. La boîte d'intérim m'envoie dans une maison de vie. J'ignorais qu'une soignante pouvait travailler là-bas. Ma mission : accompagné des personnes en situation de handicap.

Ses dernières vacances à lui, ont été à Lourdes en tant que bénévole auprès de personnes en situation de handicap. Je me dis, comme c'est drôle, nous sommes ensemble. Le hasard à bien fait les choses.

Là-bas je deviens le prolongement de leurs mains, je deviens leurs mots. Je les aide dans leur vie quotidienne. Ils m'apportent beaucoup, mais je pense en réalité que nous sommes tous en situation de handicap. En tout les cas pour ma part je le suis.

Chaque soir, je toque à la porte de leur studio pour prévenir de mon arrivée et quelques fois je prends le temps de discuter avec eux. Ce soir je prends le temps de discuter avec D. Mes yeux se pose au-dessus de son placard, sur de petites chaussures orthopédiques d'enfant. Elles sont là comme un souvenir. En l'espace de quelques secondes, je m'imagine dans un film de Tim Burton avec des chaussures similaires à celle-ci. J'imagine qu'elles entravent ma marche, mais ma marche est entravée en ce moment. Oui, j'ai mal sous la voute plantaire. Il me faut apprendre à avancer sans lui. Sans mon tuteur, sans cette semence d’où je viens. Alors je regarde mon résident, orphelin de parents, qui se déplace en déambulateur, le dos complètement courbé. Je regarde son courage, puis se sourire qui ne le quitte jamais, car le moins qu'on puisse dire, c'est que la plupart d'entre eux on une sacrée joie de vivre, malgré les blessures que la vie leur a infligées. Je me poserais donc pour faire ce dessin : "Apprendre à marcher sans toi papa" à mesure que je pose mes couleurs, je pense, à lui. Je le sens auprès de moi. Je sais, je vais y arriver. En revenant de Lourdes, il m'avait dit :" c'est une sacrée leçon de vie que j'ai prise là-bas Virginie, ils sont extraordinaires". Mes résidents me donnent la force, car s'ils ont besoin de moi, j'ai autant besoin d'eux en ce moment et j’espère que nos échanges sont à l'équilibre. Ils ne sont pas ici par hasard. La plupart du temps on les regarde avec quelque chose en moins. Il faudrait plutôt les regarder avec quelque chose en plus, derrière leurs bêtes de sourire authentiques il y’a un courage extraordinaire que beaucoup d'entre nous n'avons pas ou plus…




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