Alzeihmer…

Mis à jour : 26 nov. 2020

Je viens d’installer, à table, ma petite femme.

Pas facile depuis que ses neurones s’enflamment.

Sa mémoire fout le camp depuis un moment.

Auprès d’elle, à chaque instant, je suis présent.

Chaque soir, c’est le même rituel avec elle,

Ses mots, ses souvenirs, se font la belle.

À ses côtés, je m’assois, lui conte une histoire,

De celle qu’elle racontait aux enfants le soir.

Puis j’ouvre son carnet, ses mots secrets,

Que quelques fois, elle me racontait,

Des mots qui parfois m’étaient destinés.

Ma petite femme était vendeuse sur le marché,

C’est ainsi que nous nous sommes rencontrés.

Elle avait écrit un poème pour le geôlier,

Oui, gardien de prison c’était mon métier.

Pour elle, c’était original, mais certainement triste,

De garder des gens qu’on avait enlevés de la piste.

Chaque soir, je lui lis cette histoire,

Pour lui rafraîchir sa mémoire.

Que je refuse de mettre à l’abattoir.


J’aimerais pouvoir voler les clés de son geôlier,

Qui a enfermé sa mémoire dans des quartiers,

Qu’elle ne semble plus pouvoir visiter.

J’aimerais qu’à nouveau elle me regarde,

Qu’à nouveau je redevienne son garde,

Qu’à nouveau dans la glace elle se farde.


Qu’elle se souvienne de nous deux,

De tous nos jours heureux.

Retrouver à ses lèvres son sourire radieux,

Malgré ses souvenirs traumatiques,

Auquels elle avait fait la nique.

Comme aujourd’hui je me sens si petit,

Plus que démuni face à cette maladie,

L’espoir fou fout le camp, de nos jours d’avant

Ne reviendrons plus, balayé par le vent.

Si vous saviez comme j’ai peur,

Cette maladie a fait mon malheur,

Celle que l’on nomme Alzheimer.

Heureusement il me reste le cœur,

De l’accompagner dans notre demeure,

Avant que ne sonne la dernière heure.




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